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Sobriété : entreprises et collectivités (16 02 2026)

Nous vous proposons aujourd’hui cette note publiée en février 2026 sur le site de l’Agence Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (cliquer ici pour accéder au site de l’ADEME)

https://infos.ademe.fr/societe-politiques-publiques/2026/la-sobriete-un-levier-economique-pour-les-entreprises-et-collectivites?utm_campaign=Newsletter_ADEME_INFOS_419&utm_source=Connect&utm_medium=email

La sobriété, un levier économique pour les entreprises et collectivités

 

Souvent résumée à ʺfaire moinsʺ, la sobriété reste majoritairement associée à l’idée de restriction. Dans son dernier avis, l’ADEME propose une lecture différente : la sobriété n’est ni l’opposé de l’efficacité, ni un frein automatique à l’activité. En questionnant les besoins, elle ouvre des leviers de résilience, de souveraineté et d’adaptation des modèles économiques. Elle réévalue nos pratiques individuelles et le rôle des collectivités.

La sobriété, ce n’est pas ʺfaire moinsʺ mais ʺfaire autrementʺ

Dans l’imaginaire collectif, la sobriété évoque spontanément le « moins » : produire moins, consommer moins, renoncer. Ce raccourci explique en grande partie la défiance qu’elle suscite dans le monde économique. La baisse des volumes est encore trop souvent assimilée à une baisse de valeur et donc à une baisse du PIB. Or, ce lien n’est ni automatique ni systématique. Le cœur du raisonnement est ailleurs. La sobriété ne se limite pas à une discussion sur le niveau de croissance : elle interroge la finalité et le contenu de l’activité économique. ʺElle invite à se demander ce que l’on produit, pour répondre à quels besoins, et à quel coût environnemental, social et économiqueʺ explique Baptiste Harbonnier, expert Consommation responsable à la Direction Économie circulaire de l’ADEMEDans cette perspective, la sobriété peut générer des bénéfices qui dépassent largement l’indicateur PIB : une meilleure résilience face aux chocs, une réduction des dépendances aux importations de matières et d’énergie et une plus grande stabilité dans un contexte de crises multiples.

À l’échelle de l’entreprise, cette logique se traduit très concrètement. Par exemple, une organisation qui développe des activités de réparation, de maintenance ou de reconditionnement d’équipements électroniques réduit sa dépendance à la fabrication de produits neufs. Elle s’expose moins aux tensions sur les ressources, aux ruptures d’approvisionnement et à la volatilité des coûts de production. En somme, elle crée de la valeur autrement.

 

La sobriété ne se résume pas non plus à ʺêtre plus efficaceʺ

La confusion entre sobriété et efficacité est, elle aussi, fréquente. L’efficacité consiste à réduire l’impact environnemental d’un produit ou d’un service à usage constant. On ne questionne pas le besoin, on conserve le même usage, mais on mobilise moins d’énergie ou de ressources pour y répondre. Un véhicule plus performant, un éclairage LED ou un équipement industriel mieux optimisé relèvent de cette logique.

 

L’efficacité est indispensable, mais elle présente une limite majeure : elle ne questionne pas le besoin lui-même.

Baptiste Harbonnier

 

Or, la sobriété intervient précisément à ce niveau. Elle s’attache à interroger l’usage en amont : faut-il se déplacer autant, aussi loin, aussi souvent ? Peut-on organiser différemment l’activité, les territoires ou les rythmes de travailEn encadrant les usages, la sobriété permet de limiter l’effet rebond, ce phénomène bien documenté par lequel les gains d’efficacité sont compensés, voire annulés, par une augmentation des usages. L’exemple du transport de personnes est particulièrement éclairant. ʺEntre 1990 et 2019, les progrès d’efficacité énergétique dans le secteur du transport et la décarbonation du mix ont été significatifs. Pourtant, l’augmentation des distances parcourues par voyageur et la baisse du taux de remplissage des véhicules ont conduit à une hausse globale des émissions du secteurʺ explique Baptiste Harbonnier. Sans sobriété, l’efficacité seule ne suffit donc pas. Elle peut même s’avérer contre-productive à l’échelle collective.

 

La sobriété implique-t-elle un changement de modèle ?

La sobriété conduit bien à une transformation des modèles économiques, mais cette transformation n’est ni uniforme ni nécessairement radicale. En posant la question du besoin réel auquel répond une activité, elle amène les organisations à ajuster leur offre, à réduire la surproduction et à repenser la valeur créée. Ce déplacement peut être progressif et pragmatique, sans remise en cause brutale de l’ensemble du modèle d’affaires. 

En rupture avec l’économie basée sur les volumes de vente, elle vise à répondre aux besoins réels tout en limitant la production de biens matériels. Elle privilégie la durabilité, l’intensité d’usage, la mutualisation et la coopération entre acteurs, contribuant ainsi à une réduction significative de la consommation de ressources naturelles et des impacts environnementaux. Des entreprises comme Commown, qui proposent la location de smartphones et d’ordinateurs assortie de services destinés à prolonger leur durée de vie (assurance sans franchise, réparation, assistance logicielle…), illustrent cette approche.

Mais la sobriété ne se limite pas à ce modèle. D’autres trajectoires existent. Dans le textile, la marque Loom continue de vendre des vêtements mais fait le choix de réduire le nombre de références, de privilégier la durabilité et de limiter la création artificielle de besoins en renonçant à la publicité et à la multiplication des collections. Dans l’électronique, Fairphone a bâti son modèle sur la réparabilité et la longévité des appareils. 

La sobriété peut aussi se jouer dans les pratiques internes, dans le dimensionnement de l’offre ou dans la stratégie de communication. Elle ne signifie pas ʺtout changerʺ, mais questionner ce qui n’est plus pertinent au regard des enjeux sociétaux et environnementaux.

 

Sobriété et compétitivité : des leviers économiques bien réels

L’un des angles de l’avis de l’ADEME est de replacer la sobriété au cœur des enjeux de compétitivité. En réduisant les consommations de matières, d’énergie et d’équipements importés, elle contribue à renforcer la souveraineté économique et à limiter l’exposition aux crises géopolitiques. La crise énergétique de 2022-2023 a rappelé combien la dépendance aux ressources importées pouvait fragiliser entreprises et territoires. « Tous les secteurs ne sont cependant pas confrontés aux mêmes enjeux ni aux mêmes marges de manœuvre » rappelle Baptiste Harbonnier. La sobriété est particulièrement pertinente dans certaines activités fortement dépendantes des hydrocarbures, des métaux importés ou du transport, où elle peut produire simultanément des gains environnementaux et économiques. En revanche, d’autres secteurs comme l’agriculture, la santé, la culture ou l’éducation, nécessitent un accompagnement plus avancé en accompagnant davantage les parties prenantes. C’est là qu’intervient la notion de ʺtransition justeʺles démarches de sobriété doivent anticiper les impacts sur l’emploi, les compétences et le niveau de service rendu, afin de ne pas créer de nouvelles vulnérabilités sociales ni de renforcer les existantes.

 

Alors, par où commencer ?

Pour les entreprises et les collectivités qui souhaitent s’engager dans la sobriété, la question de départ est simple : où est-il possible de réduire les ressources mobilisées sans dégrader la qualité du service rendu, voire en l’améliorant ? 

Les premiers leviers de sobriété à l’échelle de la société se situent souvent dans des domaines comme le transport et la logistique, le foncier et le bâtiment, ou encore les approvisionnements stratégiques.Baptiste Harbonnier

Des actions simples, déjà éprouvées, permettent d’amorcer la démarche. Dans la restauration collective, l’adaptation des portions ou la proposition d’offres ʺpetit mangeurʺ réduit le gaspillage sans nuire à la qualité du service. Dans les zones d’activité, la mutualisation de véhicules ou d’équipements peu utilisés permet d’optimiser les ressources existantes. Dans la conception des produits et services, la réduction des emballages et l’éco-conception orientée vers l’usage réel constituent des leviers accessibles.

Ni décroissance déguisée ni solution miracle, la sobriété apparaît comme un outil stratégique pour adapter l’économie aux limites des ressources. En la combinant à l’efficacité et en tenant compte des réalités sectorielles et sociales, elle devient un levier de souveraineté et de résilience pour les entreprises et les territoires qui cherchent à sécuriser leur avenir.

 

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