Comparaisons européennes sur huit classes de médicaments (2006)
http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/Points_de_repere_n__12.pdf
Introduction
La France continue à occuper la première place des pays européens en termes de dépense moyenne de médicaments par habitant.
Une comparaison avec quatre de nos voisins (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie) permet d’éclairer cette spécificité française, à partir de l’analyse de 8 classes de médicaments couramment prescrits et représentant près de 40% des dépenses totales de médicaments de l’Assurance maladie.
La France a le montant moyen par habitant le plus élevé des cinq pays européens pour ces 8 classes de médicaments : 118 euros, soit 24 euros de plus que le 2ème pays, l’Italie, et 46 euros de plus que l’Allemagne.
Cette situation résulte de la combinaison de deux facteurs : d’une part des volumes de consommation qui restent pour la plupart des classes dans le haut de la fourchette, même si la France n’occupe pas la première place pour toutes les classes ; d’autre part, des coûts moyens de traitement souvent plus élevés que les autres pays, induits par une structure de consommation différente, où les produits les plus récents et les plus chers occupent une place prépondérante au détriment de molécules plus anciennes et souvent génériquées.
Les comparaisons internationales sur la consommation médicamenteuse se sont développées depuis une vingtaine d’années. Elles ont été limitées dans un premier temps à l’analyse des écarts concernant la dépense globale sur ce poste : dès les premières analyses sur ces données très agrégées, la situation de la France est apparue particulière, avec une dépense moyenne par habitant la situant au premier rang européen.
Cette spécificité française continue, depuis lors, à susciter des interrogations sur l’efficience du recours au médicament dans notre pays et sur les effets négatifs d’une possible surconsommation, tant sur le plan sanitaire qu’économique.
Progressivement, la disponibilité de données détaillées a permis d’enrichir l’analyse, en étudiant la consommation par classe thérapeutique et en décomposant les différents effets à l’œuvre - volume, prix, répartition entre les différents produits.
Cette étude s’inscrit dans cette perspective en apportant un éclairage comparatif sur 8 classes de médicaments, représentant 30% du volume global de consommation de médicaments en France et près de 40% des dépenses totales de médicaments (soit 8 milliards d’euros de dépenses remboursées par l’Assurance maladie en 2006). La position relative de la France y est analysée au regard de quatre de ses voisins immédiats (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie). L’analyse permet de mettre en évidence les facteurs explicatifs du surcroît de dépenses selon les classes thérapeutiques, et contribue ainsi à éclairer des pistes d’action possibles.
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Huit classes représentant 40 % de la dépense en France (Statines, anti-hypertenseurs,
IPP et anti-diabétiques oraux, tranquillisants et antidépresseurs, antiasthmatiques
et antibiotiques)
La France au premier rang en termes de dépense par habitant
Les classes de l’étude
Le choix des classes a été fait en fonction de leur importance en termes de dépense et de leur circuit de distribution afin de disposer de comparaisons pertinentes entre les pays. Ainsi, les médicaments dits de spécialités (anticancéreux, antirétroviraux, antipsychotiques) ont été écartés de l’analyse compte tenu du fait qu’ils peuvent être largement distribués en milieu hospitalier et donc introduire un biais dans les comparaisons internationales. De même, les données d’IMS ne prenant en compte que les médicaments distribués par les officines, certains produits (les antalgiques type paracétamol, aspirine) peuvent être sous-estimés, car ils sont accessibles ailleurs qu’en pharmacie dans certains pays.
Les médicaments ont été tirés dans les classes EPHMRA suivantes : antibiotiques (J01), antidiabétiques oraux (A10B), asthme et BPCO (R03), anticholestérolémiants (C10) dont statines (C10A1), les produits de l’hypertension artérielle (C02 ; antihypertenseurs, C03 : diurétiques, C07 : bêtabloquants, C08 : inhibiteurs calciques et C09 : médicaments agissant sur le système rénine angiotensine), antidépresseurs (N06A), tranquillisants (N05C), IPP (A02B2). Sont à la fois comptés les médicaments remboursables par les différents systèmes de santé que les médicaments non pris en charge. Par ailleurs, les classes comptées dans les anti-hypertenseurs comprennent des médicaments dont les indications sont autres que l’hypertension artérielle (notamment l’insuffisance cardiaque).
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Conclusion
Cette étude, comme d’autres études publiées récemment, nuance les conclusions sur les volumes de consommation de médicament en France : comparativement aux autres pays européens, ces volumes ne sont pas systématiquement les plus élevés sur toutes les classes médicamenteuses. Néanmoins, lorsqu’ils ne sont pas les plus élevés, ils sont presque toujours dans le haut de la moyenne européenne.
Par ailleurs, le coût moyen de l’unité standard est également presque toujours dans le haut de la fourchette européenne, alors que la situation chez nos voisins est beaucoup plus variée, des coûts bas sur certaines classes compensant des coûts élevés sur d’autres classes.
La conjonction de forts volumes et de prix élevés notamment dans les classes thérapeutiques majeures ainsi que la faible propension à utiliser les réserves d’économie liées aux génériques semblent donc expliquer la situation particulière de la France au regard des autres pays européens.