Article de Mmes Françoise Fressoz et Claire Guélaud paru le 2 mars 2009 sur le site du Monde (cliquer ici pour accéder au site du Monde)
http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/03/02/recession-chomage-le-gouvernement-prevoit-que-la-crise-sera-longue_1161950_823448.html#xtor=EPR-32280154
Il faut s'attendre à plus de 300 000 chômeurs supplémentaires en France en 2009. Tel est le pronostic du président de l'assurance-chômage, Geoffroy Roux de Bézieux. "Les chefs d'entreprise, très inquiets de la conjoncture, ont commencé beaucoup plus vite que ce que l'on pensait à mettre fin aux missions d'intérim, aux contrats à durée déterminée", a-t-il expliqué sur France Info, dimanche 1er mars, en prenant acte du très mauvais chiffre de janvier (+90 200 demandeurs d'emploi). Le gouvernement partage son pessimisme : à Matignon, on est désormais convaincu que la France est installée dans une crise longue.
Après la révision à la baisse des prévisions de croissance des organismes internationaux et la confirmation par l'Insee du brutal décrochage de l'activité au quatrième trimestre 2008, la ministre de l'économie, Christine Lagarde, avait indiqué, le 11 février, qu'elle s'attendait à une contraction du produit intérieur brut (PIB) de plus de 1 % en 2009, au lieu des +0,2 % à +0,5 % initialement prévus. La fourchette retenue devrait être comprise entre – 1 % et – 1,5 %, indique-t-on de sources gouvernementales
La récession serait donc plus importante qu'en 1993 (–0,9 %) et au moins aussi forte qu'en 1975 (–1 %). Le projet de loi de finances rectificative consécutif au sommet social du 18 février, qui doit être présenté mercredi 4 mars en conseil des ministres, tiendra compte de ces nouvelles prévisions. Elles anticipent une inflation très basse (+0,4 %) qui soutiendra le pouvoir d'achat, une consommation qui resterait en moyenne positive mais un investissement qui s'effondre.
"La crise va être longue, le redémarrage sera modeste. En 2010, on aura une faible croissance avec une décrue lente du chômage", observe-t-on dans l'entourage du premier ministre. "L'humeur du pays sera forcément mauvaise" et les revendications risquent de se multiplier, estime-t-on de même source.
"PAS LE MOMENT" D'AUGMENTER LES IMPÔTS
Or l'endettement public, déjà très élevé, est en train d'exploser, comme le redoutait le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin. Initialement fixé à 52,1 milliards d'euros, le déficit budgétaire devrait quasiment doubler pour s'approcher des 100 milliards d'euros. Un dérapage qui s'explique par le plan de relance et les aides à l'automobile (30 milliards d'euros), ainsi que par les moins-values de recettes liées à la récession (20 milliards). Le déficit public, déjà excessif au regard du pacte de stabilité et de croissance, grimperait de 3,2 % à 5,5 % du PIB.
Dans ces conditions, le redressement des finances publiques est à nouveau repoussé : "Ce qu'on essaie de bâtir, c'est une trajectoire pour ramener le déficit public en dessous de 3 % en 2012, lorsque la croissance sera de retour", fait-on valoir à Matignon, où l'on insiste sur la nécessité absolue de réduire la dépense publique, et donc de respecter la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans les ministères non prioritaires.
Plus facile à dire qu'à faire. Car le geste consenti dans l'enseignement supérieur pour tenter de calmer la grogne des enseignants-chercheurs – les postes seront maintenus en 2010 et 2011 – va être exploité par les syndicats de fonctionnaires. "Personne ne peut dire que la réponse au chômage, c'est le recrutement de fonctionnaires", veut-on croire au gouvernement.
Matignon table sur une sortie de récession en 2010, mais avec un chiffre de croissance faible. Il lui sera donc extrêmement difficile de ramener le déficit public aux alentours de 3 % en 2012. Sauf à augmenter les impôts. "Mais ce n'est pas le moment", rétorque-t-on au gouvernement.
Malgré la difficulté de la tâche, Matignon ne veut pas abandonner son objectif de redressement des comptes. "Il faut tenir le cap, mettre en œuvre les réformes, garder son sang-froid" et se garder des moyens pour "agir quand la courbe s'inversera", y plaide-t-on.
Une façon d'essayer de contenir les revendications, alors que la gauche accuse le gouvernement d'avoir conçu un plan de relance trop timoré et que les syndicats maintiennent la pression avec une nouvelle journée d'action prévue le 19 mars. Le premier ministre, qui devait intervenir sur Europe 1 mardi matin, devra faire œuvre de pédagogie.