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Dette publique : origine, niveau, coût et détention (21 10 2026)

Nous vous proposons aujourd’hui cette note publiée le 24 septembre 2026 sur le site Vie -publique (cliquer ici pour accéder au site Vie-publique)

https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/304693-dette-publique-de-la-france-lessentiel-en-6-questions?eml-publisher=NL_VP&eml_name=NL_VP-725-260929

Dette publique : origine, niveau, coût et détention, l'essentiel en 6 questions

Publié le 24 septembre 2026

La dette publique de la France se trouve à un niveau inédit : à la fin du premier trimestre 2026, elle s'établit à 3 536,1 milliards d'euros, soit 117,5% du PIB. Mais d'où vient cette dette ? Combien coûte la dette à la France et comment est-elle gérée ? Et qui achète les titres de dette française ?

 

SOMMAIRE

1 Qu'est-ce que la dette publique de la France ?

2 Pourquoi et comment la France s'endette-t-elle ?

3 À quels taux la France et les autres pays s'endettent-ils ?

4 Combien coûte la dette à la France ?

5 Qui achète et qui détient la dette française ?

6 Quels facteurs déterminent le type de détenteurs de la dette publique française ?

 

1 Qu'est-ce que la dette publique de la France ?

 

La dette publique est d'abord un stock, c'est-à-dire la somme de ce que l'État et ses administrations doivent aux acheteurs de leurs créances (divers acteurs financiers publics et privés, ainsi que particuliers). Il existe plusieurs définitions de la dette publique. Pour l'Union européenne et ses pays membres, il est convenu d'utiliser celle définie dans le Traité de Maastricht.

Au premier trimestre 2026, l'ensemble de la dette des administrations publiques (APU) au sens de Maastricht s'élève à 3 536 milliards €, soit 117,5% du PIB, après 115,7% au 4e trimestre 2025. C'est près de deux fois la limite européenne dite "critère de Maastricht", fixée à 60% du PIB. En 2012, l'endettement était de 1 833 milliards €, il a donc doublé en 14 ans en euros courants. 

Cette dette se produit à quatre niveaux : celui de l'État, des collectivités locales, de la sécurité sociale et des autres organismes publics. C'est l'État qui en détient la majeure partie (près de 82%), devant les administrations de sécurité sociale et les collectivités territoriales (environ 8% chacune).

Dette des administrations publiques par secteur (1er trim. 2026- en milliards €)

Sous-secteur

Montant

en % du PIB

État

2 889,0

81,7

Administrations de sécurité sociale (régime général et régime spéciaux, assurance chômage, etc.)

301,2

8,5

Administrations publiques locales (collectivités territoriales, établissements publics locaux, organismes consulaires, etc.)

276,5

7,8

Organismes divers d'administration centrale (ODAC) (université, musées, CNRS, CEA, Inserm, etc.)

69,3

2,0

Source: Insee.

En 2000, la dette publique représentait encore 60% du PIB. Depuis, elle a augmenté par paliers, un premier vers 2008-2010 où elle passe à 90%, puis en 2020-2021 où elle monte à 115% du PIB.

De l'endettement brut des APU on peut déduire les actifs financiers qu'elles détiennent, c'est-à-dire leurs avoirs financiers (dépôts monétaires du Trésor auprès de la Banque de France, pensions, participations de l'État, placements en valeurs mobilières des caisses de retraite). On obtient ainsi la dette nette des APU : elle s'élève à 3 301,1 milliards d'euros au premier trimestre 2026 soit 109,7% du PIB. À noter que la dette au sens des critères de Maastricht ne prend en compte que la dette brute et non pas les actifs. 

 

2 Pourquoi et comment la France s'endette-t-elle ?

Depuis plus de 50 ans (le dernier budget excédentaire date de 1974), la France s'endette parce que son budget est déficitaire : les charges (dépenses de fonctionnement, d'investissement, de transfert, la charge de la dette...) dépassent les ressources (recettes fiscales, cotisations, produits de privatisations...). Chaque budget non équilibré augmente le stock de la dette. Une stabilisation ou une diminution du déficit ne suffisent pas à réduire le besoin d'endettement. L'inflation joue également un rôle, car de nombreuses dépenses sont indexées sur elle (retraites, allocations familiales…), tout comme une partie de la charge de la dette via les obligations indexées (environ un dixième de la dette française). Entre 2015 et 2020, l'inflation a été particulièrement basse mais la tendance s'est inversée depuis.

Quel déficit ?

Le déficit budgétaire est le déficit du seul budget de l’État. Le déficit public est le déficit de l'ensemble des administrations publiques. Les critères de Maastricht prennent en compte le déficit public.

Il n'existe pas en France de "règle d'or budgétaire" qui s'applique à l'État ou aux administrations de sécurité sociale qui pourrait contenir les dépenses. Seules les collectivités territoriales (communes, départements, régions) y sont soumises : selon le code général des collectivités territoriales (article L1612-4), les collectivités locales n'ont pas le droit d'emprunter pour financer leurs dépenses de fonctionnement, seulement leurs investissements. 

Deux formes de dette sont utilisées par les APU : "une dette négociable, c'est-à-dire contractée sous forme d'instruments financiers échangeables sur les marchés financiers (obligations et bons du Trésor) et une dette non négociable, correspondant aux dépôts de certains organismes (collectivités territoriales, établissements publics, etc.) sur le compte du Trésor et qui constitue un moyen de financement de l'État" précise l'Agence France Trésor (AFT). L'AFT est chargée de la gestion de la trésorerie et de la dette de la France. L'AFT émet et contracte notamment les différents instruments financiers sur les marchés pour satisfaire aux besoins de financement de l'État.

Les titres négociables (notamment les obligations assimilables du Trésor-OAT et les bons du Trésor à intérêt annuel-BATN) représentent l'essentiel de la dette publique : cette dette négociable représentait au premier trimestre 2026, 3 170,8 milliards € (90% de la dette publique), les crédits (prêts contractés directement auprès d'institutions comme auprès de la Banque européenne d'investissement ou d'organismes internationaux) s'élèvent à 322,3 milliards et les dépôts à 42,9 milliards.

Le saviez-vous ?

La distinction entre dette négociable et non négociable concerne essentiellement la dette de l'État. Les collectivités locales, à l'exception des plus grandes, n'ont pas accès aux marchés obligataires et recourent à des crédits bancaires.

La Banque de France centralise l'ensemble des flux financiers (dépenses et recettes) de l'État, ainsi que des "correspondants du Trésor" (collectivités locales et établissements publics, notamment) sur un compte unique, dont la gestion quotidienne est confiée à l'Agence France Trésor. L'article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) interdit à la Banque de France, qui tient le compte de l'État, de lui accorder des avances.

 

3 À quels taux la France et les autres pays s'endettent-ils ?

La France s'endette aux taux d'intérêt attribués par les marchés financiers et les banques à la dette souveraine qui varient selon la maturité de la créance (de moins d'un an à 50 ans en général) et évoluent tous les jours en fonction de l'environnement macroéconomique global, des perspectives budgétaires et surtout de la soutenabilité des finances publiques du pays en question.

En France, le taux de l'OAT à 10 ans sert souvent de taux de référence. Il a nettement augmenté récemment. Le 23 septembre 2026, il a atteint 4,48%. C'est presque 100 points de base de plus qu'au début de 2026. En 2024, le taux d'intérêt était de 2,91 % en moyenne pour les émissions de moyen et long terme, et de 0,11% en 2019, précise un rapport du Sénat.

L'accélération récente de la hausse des taux souverains de la France s'explique d'abord par les anticipations de hausse des taux directeurs en zone euro. La Banque centrale européenne (BCE) a augmenté à deux reprises ses taux directeurs de 25 points de base (en juin et en septembre 2026). 

Mais ce durcissement des conditions financières est plus global : il est structurel et concerne depuis 2021 l'ensemble des pays qui font appel aux marchés financiers, ceci pour plusieurs raisons :

  • les pressions inflationnistes et la politique de resserrement monétaire des banques centrales ;
  • la hausse du volume des déficits publics (dépenses sociales toujours élevées, coût de la transition écologique, hausse des dépenses militaires) ;
  • la concurrence des méga-investissements des géants de la tech.

Quelle est la maturité moyenne de la dette française ?

La maturité de la dette est le temps restant avant le remboursement total du titre de dette ou de crédit. La maturité moyenne est la moyenne pondérée des durées restantes de chaque emprunt. Au 31 août 2026, elle est de 8,5 ans.

Le spread, c'est-à-dire la différence entre le taux des obligations assimilables au Trésor (OAT) et d'autres taux (celui du Bund allemand ou de la moyenne des obligations sur 10 ans des pays de la zone euro) a légèrement augmenté ces derniers mois. L'Allemagne se finance à des taux plus bas. Les adjudications (mécanisme d'enchères par lequel l'État émet des titres de créance) de la dette française continuent à bénéficier d'une demande toujours élevée (volume demandé supérieur au volume adjugé selon les données de l'AFT) "historiquement ainsi que relativement aux autres pays européens", note la Banque de France dans son rapport sur la stabilité financière 2026.

 

4 Combien coûte la dette à la France ?

Le coût ou la charge de la dette correspond à ce que l'État paie chaque année en intérêts aux créanciers. La charge de la dette s'est alourdie avec la hausse des taux d'intérêt depuis 2022. Une hausse permanente d'un point de taux d'intérêt (100 points de base) sur toute la courbe pourrait coûter 3,1 milliards d'euros dès 2026, 11,3 milliards en 2028 et même 32,1 milliards en 2035, indique le rapport sur la dette des administrations publiques, annexe au projet de loi de finances pour 2026.

Les trois facteurs qui déterminent la charge de la dette

Premièrement, la charge de la dette est principalement influencée par le niveau du stock de la dette : un stock plus élevé signifie plus d'intérêts à verser.
Deuxièmement, c'est le niveau du taux d'intérêt : là c'est essentiellement la différence entre le taux des nouvelles émissions et le taux du stock de dette arrivant à échéance.
Troisièmement, l'inflation pèse sur la charge, car environ 1/10e de la dette française est indexé sur le taux d'inflation en France ou en zone
euro.

L'Agence France Trésor (AFT) prévoit pour 2026 un volume record d'émissions nettes à moyen et long terme : 310 milliards €. Selon le rapport Plafonds de dépenses du projet de loi de finances pour 2027 du 16 juillet 2026, la charge pourrait atteindre 64,8 milliards € en 2026 (contre 31 milliards en 2019).

À ce niveau, elle devance la mission régalienne qui bénéficie du plus grand budget, la mission "Enseignement scolaire" (plafonds de crédits à 64,5 milliards €, hors contribution au compte Pensions, sinon elle atteint presque 90 milliards d'euros). Elle dépasse également les crédits consacrés à la défense (57 milliards d'euros, hors contribution au compte "Pensions"). La charge de la dette est donc désormais le premier poste budgétaire.

Il est à noter que les 65 milliards ne concernent que la charge du seul endettement de l’État. Si on prend l'ensemble des administrations publiques (APU), elle s'élève à environ 75 milliards pour 2026.

À l'avenir, la charge de la dette va peser de plus en plus. Elle a augmenté de 23,1 milliards d'euros entre 2020 et 2026 et elle devrait augmenter encore de 18,0 milliards d'euros jusqu'à 2028 précise un rapport du Sénat. Rapporté au PIB, la charge d'intérêt représentait environ 1,2% en 2020, mais déjà 2,2% en 2025. En chiffres absolus, cette charge pourrait atteindre en comptabilité générale environ 90 milliards en 2029 selon le rapport sur la dette des administrations publiques 2026. Rapportée au PIB, la charge de la dette pourrait monter à 3,2% ou 2,7 pour la seule dette de l'État.

Charge de la dette des administrations publiques (comptabilité nationale, en points de PIB)

 

2023

2024

2025

2026

2027

2028

2029

Dette de l'ensemble des administrations publiques 

1,9

2,1

2,2

2,4

2,7

3,0

3,2

Dette de l'État

1,4

1,6

1,8

2,0

2,3

2,5

2,7

Source : rapport sur la dette des administrations publiques, projet de loi de finances pour 2026.

 

5 Qui achète et qui détient la dette française ?

Les titres de dette française sont achetés par une grande diversité d'investisseurs, français et étrangers. En mars 2026, 42,5% des détenteurs de la dette négociable étaient français selon l'AFT. Leur part recule depuis 2021, mais reste supérieure à ses plus bas niveaux enregistrés il y a plus de 20 ans (environ 30%). Géographiquement, il y a 4 grands groupes d'investisseurs qui représentent chacun environ un quart :

  • des investisseurs français ;
  • la Banque de France dans le cadre de la politique monétaire ;
  • des investisseurs de la zone euro ;
  • des investisseurs hors zone euro.

Les créanciers français sont notamment des compagnies d'assurance et des banques (environ 10% chacune), ainsi que des particuliers. La Banque de France, elle, détenait en juin 2026 un stock de titres évalué à 488 milliards € (contre 546 fin 2025). Cette baisse "résulte exclusivement de l'arrivée à maturité d'une partie des titres" selon la Banque de France. Cette détention trouve origine dans deux programmes de rachat d'obligations par la Banque centrale européenne (BCE), en 2014 et en 2020.

La diversification géographique et selon le profil permet de contenir les taux et ainsi la charge de la dette à niveau assez bas. La base d'investisseurs de la dette française évolue en permanence. Actuellement elle évolue vers des détenteurs moins stables comme l'observe la Banque de France dans son rapport sur la stabilité financière de juin 2026 : "La base d'investisseurs de la dette souveraine française a évolué ces dernières années vers des investisseurs ayant des stratégies d'investissement à plus court terme tels que les fonds d'investissement, en particulier sur le segment des titres à court terme. Ces investisseurs sont plus exposés au levier ou à d'éventuels rachats. Les hedge funds, pour lesquels il reste difficile d'avoir des données de détention fiables, semblent notamment de plus en plus présents sur le marché de la dette souveraine européenne, y compris française."  

L'augmentation de l'importance des fonds d'investissement concerne moins le stock, mais surtout les échanges. Ils contribuent alors à la fluidité des échanges. Leur essor sur le marché de la dette publique s'explique par l'évolution réglementaire concernant les banques et les assureurs qui réduit leur marge d'action, leurs parts reculent depuis 10 ans.

Avoir des investisseurs étrangers dans la détention de la dette publique veut dire qu'une partie de la rémunération de ces titres part à l'étranger. Le taux de détention de la dette par des non-résidents varie nettement entre les pays. Le taux est relativement élevé en France. Il est un peu plus bas en Allemagne. Au Japon, il est particulièrement bas : ce sont essentiellement les investisseurs nationaux qui détiennent la dette japonaise.

 

6 Quels facteurs déterminent le type de détenteurs de la dette publique française ?

Cinq facteurs entrent en ligne de compte :

  • la politique monétaire de la BCE. Ce facteur est particulièrement déterminant sur longue période. Quand la Banque de France (au nom de l'Eurosystème) achète des obligations publiques dans le cadre d'une politique d’assouplissement quantitatif de la BCE (cf programmes d'achat de 2014 et de 2020), la part des non-résidents recule mécaniquement (part tombée à environ 47% en 2021). À l'inverse, l'annonce de la sortie de l’assouplissement quantitatif depuis 2022 (resserrement monétaire) a fait remonter leur part ;
  • le type d'instrument (maturité et nature du titre). La composition des détenteurs varie fortement selon l'instrument : au premier trimestre 2026, les BTF (bons du Trésor, dette court terme) sont détenus à 84% par des non-résidents, les OAT (dette long terme) à 55%, les OAT indexées à l'inflation en zone euro à 34% et les OAT indexées à l'inflation française à 17%.  Ces différences s'expliquent par les objectifs d'investissements : les investisseurs étrangers cherchent davantage un placement de trésorerie sûr et liquide en euros. À l'inverse, les assureurs et fonds de pension français recherchent davantage des engagements de long terme, protégés de l'inflation ;
  • les contraintes réglementaires des investisseurs domestiques. Les banques françaises tout comme les compagnies d'assurance françaises détiennent la dette française (autour de 10%) en partie pour des raisons prudentielles ;
  • l'écart de taux et la perception du risque souverain. Les investisseurs sont sensibles à la soutenabilité des finances publiques (c'est-à-dire la capacité d'un État à honorer ses engagements financiers présents et futurs sans recourir à des ajustements brutaux). Ils regardent la notation souveraine française par les agences de notation. La dégradation de la note attribuée à la France est à prendre en compte : un écart de taux plus large avec le Bund allemand peut attirer des investisseurs internationaux en quête de rendement, mais également signaler une défiance accrue ;
  • la stratégie d'émission de l'AFT. L'Agence France Trésor cherche à diversifier la base d'investisseurs (calendrier d'émission prévisible, diversité des maturités, présence dans les indices obligataires internationaux) pour maintenir une demande large et limiter le risque de dépendre d'une seule catégorie d'acheteurs.

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