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Euro numérique : les recommandations de confidentialité et de sécurité de la CNIL
Publié le 21 mai 2026
L'euro numérique est destiné à compléter la monnaie unique actuelle à l'horizon 2029. C'est un projet à vocation politique et économique qui vise à renforcer la souveraineté européenne. Destiné à être l'équivalent numérique des espèces, il doit garantir un même niveau de facilité, d'anonymat et de confidentialité pour les usagers.
Les autorités européennes chargées de la protection des données conseillent les institutions européennes sur le projet de l'euro numérique depuis son début en 2020. Pour eux, le succès de l'euro numérique exige un niveau élevé de protection de la vie privée et des données. Dans un document publié le 13 mai 2026, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) et l'Autorité fédérale allemande de protection des données (BfDI) reviennent sur les enjeux et précisent leurs exigences.
L'euro numérique, c'est quoi ?
L'euro numérique est une version dématérialisée des espèces. Il ne doit pas être confondu avec les euros en version scripturale sur les comptes bancaires qui sont des instruments financiers privés dont la valeur dépend de la solvabilité de l'établissement financier. Les pièces et les billets – appelés aussi monnaie banque centrale – sont cependant un bien public, car sans risque de contrepartie, ils sont garantis par la Banque centrale européenne (BCE).
Dans un système monétaire de plus en plus digital défié par ailleurs par l'essor de stablecoins (crypto-actifs adossés à des actifs tangibles tels que des devises ou de l'or), il devient difficile de s'appuyer exclusivement sur les billets physiques pour garantir le statut de bien public de la monnaie et de gérer efficacement la politique monétaire. Et cela d'autant plus dans un paysage où les paiements européens par carte sont dominés à plus de 60% par des acteurs de pays tiers dont les intentions peuvent être incertaines.
L'euro numérique serait la première architecture de paiement entièrement européenne, offrant un instrument monétaire gratuit et public. Il sera un complément aux espèces et non une solution de remplacement.
Comment assurer confidentialité et sécurité ?
Pour les autorités européennes chargées de la protection des données, l'euro numérique, pour être crédible, doit reproduire au plus près les caractéristiques des espèces, notamment la confidentialité des données personnelles, la sécurité des systèmes concernés et la gratuité. Pour cela, la CNIL et le BfDI recommandent :
- dans le mode en ligne (reposant sur un compte dédié), un seuil de confidentialité pour les transactions de faible valeur, en dessous duquel aucun traçage des transactions par les intermédiaires ne devrait avoir lieu ;
- le maintien, comme le prévoit le projet de la BCE, d’un mode hors ligne, reposant sur un portefeuille électronique (ordiphone ou carte) car "cette approche est la plus respectueuse du principe de protection de la vie privée" ;
- la garantie que les sous-traitants et les responsables du traitement (banques, prestataires de paiements, etc.) ne recevront un accès aux données personnelles qu'en fonction d'un strict besoin de les connaître, qu'ils ne seraient en mesure d'identifier que leurs propres clients, les autres restant sous pseudonymes ;
- la pseudonymisation envers l’Eurosystème qui deviendrait une obligation légale et soit fondée sur l'utilisation d'identifiants dynamiques renouvelés à intervalles réguliers, et non sur des identifiants fixes ;
- la fixation de limites de paiement reflétant les pratiques actuelles (valeur faciale des billets) des usagers.
Quel est le calendrier de l'euro numérique ?
Le vote du Parlement européen sur l'euro numérique, précisant les grandes caractéristiques, est prévu pour fin juin 2026. En 2027, l'Eurosystème lancera une expérimentation dite "pilote" avec l'adoption d'un règlement. L'émission de l'euro numérique pourrait intervenir dès 2029.