Nous vous proposons aujourd’hui cette note publiée le 28 septembre 2026 sur le site Vie -publique (cliquer ici pour accéder au site Vie-publique)
Dette et dépenses publiques en 2026 : où en est la France par rapport à ses voisins ?
Dernière modification : 28 septembre 2026
La situation des finances publiques de la France et notamment son niveau d'endettement sont source d'inquiétudes. À combien s'élève la dette française et est-elle plus élevée qu'ailleurs ? La France dépense-t-elle plus que les autres pays de la zone euro ?
SOMMAIRE
1 Qui détient la dette la plus élevée en zone euro ?
2 La France dépense-t-elle plus que ses voisins ?
3 Comment la dette publique française peut-elle évoluer ?
4 La dette de la France peut-elle devenir insoutenable ?
1 Qui détient la dette la plus élevée en zone euro ?
Selon les chiffres d'Eurostat, l'Office européen des statistiques, la dette publique française, rapportée au PIB, a atteint 117,6% au premier trimestre 2026, soit le troisième taux le plus élevé en zone euro, derrière l'Italie (138,9%) et la Grèce (143,5%). En Belgique et en Espagne, la dette s'établit également au-delà de 100% du PIB. La moyenne de la zone euro se situe à 88,9%.
La situation française est proche de celle des États-Unis (environ 120%), mais très éloignée de celle du Japon (plus de 200%). Néanmoins, le niveau de la dette française, rapporté au PIB, correspond à quasiment le double de ce que le traité de Maastricht préconise (60%).
En valeur absolue, la France détient la dette publique la plus élevée de la zone euro : elle s'élève au 1er trimestre 2026 à 3 576 milliards € et se place devant l'Italie (3 158 milliards €). L'Allemagne, qui a le plus grand PIB en zone euro, arrive en 3e position, avec 2 902 milliards € ou 64,4% du PIB allemand.
2 La France dépense-t-elle plus que ses voisins ?
La dette des administrations publique française s'est accumulée au fils des décennies. Depuis 50 ans, aucun gouvernement n'a présenté un budget à l'équilibre, voire excédentaire. En outre, la France a dû faire face à la crise financière de 2007-2008 et à la crise sanitaire provoqué par le Covid-19 (entre 44 et 69% de la hausse de l'endettement entre 2007 et 2023 peuvent être attribués aux crises selon une étude de l'Office français des conjonctures économiques - OFCE - publiée en 2024).
La dette publique concerne trois niveaux : celui de l'État, des administrations de Sécurité sociale et des administrations locales. La dette de l’État représente la plus grande partie, environ 82% (au premier trimestre 2026). Si la France a accumulé de la dette, c'est parce que ses recettes sont insuffisantes pour couvrir les dépenses publiques. Pour financer l'écart, elle recourt soit à des titres de dette négociable, soit à des crédits. Les différents déficits s'accumulent et année par année la France emprunte sur les marchés pour combler l'écart entre recettes et dépenses et pour rembourser ses prêts arrivés à échéance.
En 2025, les dépenses publiques ont atteint 57,2% du PIB de la France, 2e place derrière la Finlande (57,5%), la moyenne de la zone euro étant à 49,8%.
L'ensemble des recettes des administrations françaises a atteint 52,1% du PIB, en 2025 d'où le déficit public. Le ratio français de recettes est supérieur à la moyenne de la zone euro (46,8%), mais inférieur à celui de la Finlande (53,9%) qui a enregistré en 2025 le ratio le plus élevé de l'Union européenne.
3 Comment la dette publique française peut-elle évoluer ?
La Commission européenne surveille le budget de la France, car le déficit public français est depuis plusieurs années consécutives au-dessus de 3% du PIB et sa dette publique dépasse largement le seuil européen de 60%. Depuis juillet 2024, la France est sous procédure de déficit excessif. La Cour des comptes, dans son rapport 2025 sur la situation et les perspectives des finances publiques, note "une incapacité à maîtriser la dynamique de la dépense et plus encore à engager des efforts d'économies pérennes, ainsi que d'hypothèses trop favorables sur la croissance et les recettes".
En 2025, le déficit public (de l'ensemble des administrations publiques et non pas seulement du budget de l’État) s'est élevé à 5,1% du PIB (après 5,8% en 2024). Le gouvernement français rappelle régulièrement son engagement de revenir sous 3% de déficit. Selon les prévisions de la loi du 18 décembre 2023 de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027, un retour du déficit public sous la barre des 3% du PIB était prévu pour 2027, avec une dette publique à 108,1%. Mais ces projections ont été trop optimistes : le rapport sur la dette des administrations publiques 2026 prévoit un niveau de la dette de 118,6% du PIB en 2028 et de 118% en 2029.
Selon les projections de la Commission européenne, la dette publique française devrait continuer à augmenter les prochaines années. À court terme, et malgré les légères dégradations de la note attribuée à la dette française par les principales agences de notation, elle juge faible le risque de non-soutenabilité budgétaire. Selon la Commission, la dette française peut atteindre 142% du PIB en 2035, notamment à cause d'un solde primaire (solde hors intérêts de la dette) structurellement déficitaire.
4 La dette de la France peut-elle devenir insoutenable ?
60, 100 ou 150% du PIB%... À partir de quel niveau d'endettement faut-il craindre l'insoutenabilité ? Cela dépend du pays et du contexte. Dans la littérature scientifique, il n'existe pas de critère ou de seuil absolu à partir duquel la dette d'un pays devient insoutenable. De nombreux facteurs jouent un rôle : le taux d'intérêt, le taux de croissance, la structure de la dette, la qualité des institutions nationales, les politiques économiques, le taux d'inflation, la conjoncture générale…
Plus la dette est élevée, plus la charge d'intérêts est importante et plus l'excédent budgétaire nécessaire pour stabiliser la dette doit être élevé. Si le niveau de la dette publique augmente, il est possible que les créanciers demandent une prime de risque plus élevé. Cette prime est notamment le taux d'intérêt : s'il augmente, le coût de la dette augmente mécaniquement.
Les taux auxquels la France, et les autres pays, se financent sur les marchés financiers ont nettement augmenté depuis 2022. Le 24 septembre 2026, le taux de l'obligation française de référence (l'OAT sur 10 ans, le TEC 10) a atteint 4,67%. Il a augmenté de 100 points de base depuis début janvier 2026.
En 2026, la charge de la dette de l’État – le remboursement des intérêts – représente 65 milliards €, ce qui correspond 2% du PIB. Elle s'élevait à 1,4% en 2023 et pourrait atteindre 2,7% en 2029. Avec 65 milliards €, la charge de la dette est devenue en 2026 le 1er poste du budget de l’État (hors contributions au compte Pension). Cette somme concerne uniquement la charge de la dette de l’État. Celle de l'ensemble des administrations publiques est encore plus élevée et se situe à environ 75 milliards € en 2026.
La Banque centrale européenne (BCE) interviendra-t-elle pour soutenir la France en cas de crise grave sur sa dette ? La France s'endette en €, monnaie partagée avec d'autres pays et gérée par la BCE. Cette dernière tiendra compte des analyses de la Commission européenne ou du FMI quant à la soutenabilité des finances publiques françaises. Si la BCE a les moyens de soutenir les États en difficultés, on peut supposer qu'elle accorde son soutien sous conditions (avec l'adoption notamment de mesures de redressement des comptes publics).