Nous vous proposons aujourd’hui cette note publiée e 26 février 2025 sur le site de la Haute Autorité de Santé du ministère chargé de la santé (cliquer ici pour accéder au site de la HAS du ministère chargé de la santé)
Alcool : un sujet de santé pour les femmes à toutes les étapes de la vie
26 février 2025
Les modalités de consommation d’alcool des femmes évoluent et tendent à se rapprocher des pratiques masculines. Pourtant, femmes et hommes ne sont pas égaux face à l’alcool. Les complications associées à la consommation sont amplifiées chez les premières. Le tabou qui entoure l’alcool est également accentué vis-à-vis des femmes et les représentations liées au genre conduisent à une sous-évaluation médicale et un défaut d’accompagnement. Après avoir élaboré en 2023 un guide et des outils sur la diminution du risque alcool en population générale, la Haute Autorité de santé (HAS) met à disposition des professionnels de premier recours des ressources pour les sensibiliser aux spécificités de l’exposition des femmes à l’alcool, au-delà des seules périodes de grossesse et de maternité.
Les usages féminins d’alcool continuent d’évoluer, se rapprochant des pratiques masculines, particulièrement celle de l’alcoolisation massive et rapide. En plus d’être une cause de décès évitables, la consommation d’alcool entraine des dommages qui peuvent lourdement impacter la santé ainsi que la qualité de vie.
Or, femmes et hommes ne sont pas égaux face à l’alcool. Si les femmes sont exposées aux mêmes risques que les hommes, à même quantité consommée, les complications sont plus graves, plus rapides, parfois spécifiques (cancer du sein) ou plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes (agressions subies, notamment sexuelles). On juge, par ailleurs, encore plus négativement les femmes en difficultés avec leur consommation d’alcool et leur parole est moins considérée. Ces représentations liées au genre se traduisent par une sous-évaluation médicale des femmes et un moindre accès aux aides disponibles.
La HAS a élaboré en 2023 un guide et des outils afin d’aider les professionnels de premier recours à diminuer le risque alcool, via un repérage systématique et précoce des usages et l’accompagnement de chaque personne. En prolongement de ce travail, elle publie une série de documents courts (un guide point clés, une synthèse et sept fiches-outils thématiques) pour sensibiliser aux spécificités de l’exposition des femmes à l’alcool, au-delà des seules périodes de grossesse et de maternité. Ces ressources s’adressent aux professionnels de premier recours* qui occupent une place privilégiée auprès des femmes pour les accompagner dans la compréhension de leurs usages et la diminution de leurs risques, dans le respect de leurs choix, de leurs priorités et de leur intimité.
Libérer la parole sur le sujet alcool chez les femmes, à tout âge
L’usage d’alcool chez les femmes n’est généralement abordé que dans le cadre de la grossesse. Or, l’alcool est un sujet de santé globale pour toute personne de sexe et/ou de genre féminins, y compris les personnes mineures, au regard notamment de son impact sur la vie génitale, la santé sexuelle, la procréation ou encore le risque de cancer du sein.
L’évolution des usages et les risques associés à cette consommation d’alcool appellent à renforcer l’information et l’accompagnement des femmes et ce, tout au long de leur vie. Il est ainsi nécessaire d’aborder ce sujet régulièrement en consultation, d’en faire un sujet de santé comme les autres (tabagisme, activité physique…), en veillant à éviter tout jugement moral et en étant attentif aux choix de vie, à l’intimité et à l’environnement de chaque femme.
Les professionnels peuvent s’appuyer sur des structures ou dispositifs adaptés tels que les microstructures médicales addictions et tous les temps dédiés à la santé des femmes, y compris au sein des centres de soins, d’accompagnement et de prévention des addictions (CSAPA). Les groupes de parole dédiés aux femmes au sein des associations d’entraide permettent également de lutter contre l’isolement et favorisent la sororité et la confiance en soi. Sans oublier les plateformes numériques comme le dispositif d’aide à distance « Alcool info service » de Santé publique France, entièrement repensé en 2024 afin de proposer des contenus plus accessibles et personnalisables selon sa situation et ses attentes, ainsi que des outils gratuits pour se faire aider.
Alcool et périnatalité : les hommes aussi sont concernés !
La question de l’alcool et de la périnatalité n’est pas spécifique aux femmes : elle concerne également les hommes, depuis la phase de préconception jusqu’à la phase éducative.
La consommation d’alcool altère la fertilité des hommes et des femmes. Les troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) peuvent aussi résulter des usages des hommes (via la toxicité de l’alcool transmise par les spermatozoïdes) et non pas uniquement des femmes durant leur grossesse. La consommation du co-parent (ainsi que de l’entourage) peut favoriser, enfin, celle de la femme enceinte ainsi que les violences intrafamiliales. Face à ces risques, le principe de précaution consiste en l’arrêt de toute consommation d’alcool dès le désir d’enfant (ou l’arrêt d’une contraception), pour la femme jusqu’à la fin de l’allaitement, pour l’homme jusqu’au diagnostic de grossesse. A défaut d’y parvenir, tout arrêt ou baisse de consommation, à quelque moment que ce soit, est bénéfique. Un accompagnement peut être proposé en ce sens en s’appuyant sur un réseau de partenaires dédiés et donnant accès à diverses options d’aide (suivi adapté de la grossesse, soutien psycho-social, aide addictologique...).
Plus largement, la sensibilisation aux risques associés à l’alcool dans le cadre de la périnatalité et des bénéfices d’en réduire l’exposition (pour la fertilité, le déroulement d’une grossesse, le développement de futurs enfants, la fonction parentale), devrait commencer au plus tôt dans la vie, dès le collège et le lycée. Certains moments sont d’ailleurs particulièrement opportuns comme l’entrée dans la vie sexuelle, la prise d’une contraception autant féminine que masculine, le désir d’enfant, etc.
La HAS poursuit ses travaux sur le risque alcool avec un prochain volet dédié aux jeunes, attendu en 2026.
* Les principaux professionnels de premier recours concernés sont : dentistes, diététiciens et nutritionnistes, infirmiers dont la pratique avancée, kinésithérapeutes, médecins généralistes, pairs-aidants et patients experts, pharmaciens, professionnels de la périnatalité, de la petite enfance, de la santé au travail et de l’emploi, de la santé des femmes, de la santé mentale, de la santé sexuelle, de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur, des services d’urgence, travailleurs sociaux et médico-sociaux.