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Inégalités entre Femmes et Hommes : point (2/2) (19 03 2025)

Nous vous proposons aujourd’hui la suite et la fin d’une longue et si intéressante analyse publiée le 6 mars 2025 sur le blog du site de l’INSEE (cliquer ici pour accéder au site de l’INSEE)

https://blog.insee.fr/evolution-inegalites-femmes-hommes-v2025/

Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes : faut-il se réjouir ou se désoler ?

Actualisation par Émilie Raynaud d’un billet de blog initialement paru en mars 2023 et écrit par Christel Colin et Sylvie Le Minez

6 mars 2025

Niveau de diplôme, accès à l’emploi et aux postes de cadres, salaires et pensions de retraites, présence dans la vie politique, partage des temps domestique et parental : dans tous ces domaines, les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent lentement sur les décennies passées, ce dont on peut se réjouir. Mais dans ces mêmes domaines, il existe aussi des raisons d’être découragé… et des marges de progrès : à l’exception de la médecine, les filles s’orientent moins vers les filières d’enseignement supérieur scientifiques et sélectives alors qu’elles réussissent mieux à l’école ; les femmes restent minoritaires sur les plus hautes fonctions dans les entreprises, le secteur public comme en politique ; leur salaire pâtit plus que celui des hommes quand elles ont un enfant ; elles sont plus souvent seules et dépendantes en fin de vie. En outre, les femmes restent les premières victimes de violences conjugales. Si le regard de la société sur la place des femmes a bien évolué en cinquante ans, les stéréotypes et les normes de genre ont néanmoins la vie dure et influent encore sur les inégalités femmes-hommes, par exemple en termes de choix d’orientation.


L’édition 2025 de la Journée internationale des droits des femmes est l’occasion de rééditer un panorama de la situation comparée des femmes et des hommes, en s’appuyant sur les nombreux travaux que publient l’Insee et plus largement la statique publique, dont l’ouvrage de référence « 
Femmes et hommes, l’égalité en question » [Insee, 2022]. Dans de nombreux domaines, les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent lentement au fil du temps. Alors, faut-il se réjouir ou se désoler ? Les deux sans doute… Petit tour d’horizon en 10 points et quelques chiffres (bien) choisis

SOMMAIRE

 

1. Les filles sortent moins souvent de l’école sans diplôme et sont plus nombreuses que les garçons à faire des études supérieures

2. Depuis les années 70, la participation des femmes au marché du travail ne cesse d’augmenter et s’est nettement rapprochée de celle des hommes…

3. Les femmes accèdent de plus en plus aux emplois de cadres…

4. Les inégalités de salaire femmes / hommes se réduisent peu à peu…

5. Les écarts de montants de retraite se réduisent au fil des générations…

6. Les femmes continuent de vivre plus longtemps que les hommes…

7. Les femmes accroissent leur présence dans la vie politique

8. Les hommes s’investissent davantage dans l’éducation des enfants…

  1. Les femmes restent les premières victimes de violences conjugales
  2. Le regard de la société sur la place des femmes a bien évolué en cinquante ans, mais les stéréotypes ont la vie dure

 

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6. Les femmes continuent de vivre plus longtemps que les hommes…

Depuis le milieu des années 1990, les gains d’espérance de vie des femmes sont plus réduits que ceux des hommes, en lien notamment avec la montée du tabagisme féminin dans les années 1950. Pour autant, l’espérance de vie à la naissance des femmes demeure nettement supérieure à celle des hommes : 85,6 ans contre 80,0 ans en 2024. L’écart d’espérance de vie, qui était de 8,2 ans du milieu des années 70 au milieu des années 90, s’est ainsi réduit à 5,6 ans.

… mais plus souvent seules en fin de vie et plus souvent dépendantes

Contrepartie de cette longévité plus importante, les femmes sont davantage touchées par le veuvage et se retrouvent beaucoup plus souvent seules chez elles que les hommes : c’est le cas de 53 % des femmes âgées de 85 ans ou plus en 2021, contre 28 % des hommes du même âge. Les hommes vivent quant à eux majoritairement en couple à domicile jusqu’à des âges avancés : c’est encore le cas de 55 % des hommes âgés de 85 ans ou plus, contre 14 % seulement des femmes aux mêmes âges, soit un écart de 40 points, deux fois plus élevé qu’entre 65 et 84 ans.

La perte d’autonomie aux âges avancés peut se traduire par des entrées en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), en particulier pour les personnes seules. Plus fréquemment et plus lourdement dépendantes, mais aussi en raison d’absence d’entraide d’un éventuel conjoint et de problématiques de solitude liées au veuvage, les femmes âgées vivent ainsi plus souvent hors logement ordinaire. Cette situation concerne en 2021 41 % des femmes et 25 % des hommes à 95 ans, contre 3 % des hommes et 4 % des femmes à 80 ans.

7. Les femmes accroissent leur présence dans la vie politique

À la suite notamment de la loi du 6 juin 2000 relative à l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives, la parité progresse fortement en politique. Après 80 ans de droit de vote, elle est atteinte –ou quasiment– aux dernières élections européennes (49 % de femmes élues), régionales (49 %) comme départementales (50 %). Mais cela n’est pas le cas aux municipales (42 %), en raison d’une législation peu contraignante dans les communes de moins de 1 000 habitants. Aux législatives anticipées de 2024, avec 36 % de députées, la proportion de femmes recule de nouveau par rapport aux législatives de 2022 (208 députées contre 215), qui avaient marqué un premier repli depuis le début des années 2000. La parité est loin d’être atteinte et la part des femmes à l’Assemblée nationale est en 2024 identique à celle au Sénat, instance où elle était auparavant la plus faible. Rappelons cependant que de 1945 à la fin des années 1990, cette proportion était inférieure à 6 % !

… mais occupent des fonctions moins élevées

Les femmes sont certes plus souvent élues que par le passé, mais une fois élues, elles accèdent encore peu aux plus hautes responsabilités. En 2024, les femmes président deux départements sur dix, alors qu’elles représentent la moitié des conseillers départementaux. Administrer une commune est encore peu fréquent pour les femmes (21 % des maires en 2024). Les régions sont un peu plus souvent présidées par des femmes : plus d’un tiers, pour la moitié de femmes parmi les conseillers régionaux. Et l’Assemblée nationale est présidée par une femme depuis 2022.

Il n’y a pourtant pas de moindre intérêt des femmes pour la politique. Si la participation électorale dépend de l’âge et du niveau de diplôme des personnes, elle n’est que peu liée au genre. Les seuls écarts de participation entre femmes et hommes concernent les âges extrêmes. Avant 30 ans, les hommes s’abstiennent ainsi systématiquement de voter aux élections présidentielles et législatives plus souvent que les femmes (28 % contre 21 % aux élections de 2022), avec un écart qui s’est accru en vingt ans, tandis qu’après 80 ans, c’est l’inverse (39 % d’abstention systématique des femmes contre 23 % des hommes).

8. Les hommes s’investissent davantage que par le passé dans l’éducation des enfants…

Le travail domestique (repas, courses d’alimentation, lessive) et le temps consacré aux enfants sont inégalement répartis entre femmes et hommes, même si entre les années 1980 et 2010, les inégalités se sont réduites : les hommes s’impliquent davantage dans l’éducation des enfants (environ 20 ‘ de plus par jour en moyenne) et les femmes délaissent progressivement les tâches ménagères (près de 70 ‘ en moins par jour) au profit du temps passé auprès des enfants (13 ‘ de plus par jour). Pour autant, en 2010, les femmes effectuaient les 2/3 des tâches domestiques et consacraient aux enfants un temps équivalent à plus du double de celui des hommes.

… mais les femmes sont toujours en première ligne sur le front des tâches domestiques et du temps parental

Les données sur ce sujet sont assez anciennes, dans l’attente de la prochaine édition de l’enquête Emploi du temps que l’Insee réalisera en 2025-2026, mais des travaux spécifiques ont été menés pendant le premier confinement de la population mis en place au printemps 2020, qui les confirment. Pendant le premier confinement, la répartition des temps – travail, tâches ménagères et parentales – a fortement varié. Pour autant, les femmes ont continué d’assumer la plus grande part des tâches domestiques et parentales, même quand elles travaillaient à l’extérieur. Des ajustements entre femmes et hommes ont certes eu lieu, notamment un investissement accru des hommes en couple avec enfants dont la femme travaillait à l’extérieur durant le confinement. Cependant, ces ajustements de crise ne remettent pas en cause le fonctionnement de la sphère familiale, qui continue de reposer massivement sur des normes de genre et le temps féminin. L’analyse conjointe des pratiques domestiques dans le couple, telles que le perçoivent les personnes, et des stéréotypes de genre, montre que plus les personnes adhèrent à ces stéréotypes, moins elles déclarent un partage égalitaire des tâches.

Un meilleur partage des congés autour de la naissance est souvent évoqué comme levier vers une meilleure répartition des tâches domestiques. A cet égard, le recours au congé de paternité parmi les pères éligibles est passé de 68 % en 2013 à 71 % en 2021 : il s’accroît pour tous sur la période, que les pères soient en emploi stable ou précaire, mais surtout pour les travailleurs indépendants. Toutefois, selon une enquête qualitative menée auprès de pères ayant un enfant né en 2021, à distance de la période du congé de paternité (en 2023), le retour au travail des deux parents marque un tournant vers une asymétrie dans la répartition des tâches ménagères et parentales au sein du couple, parfois résolue par l’externalisation d’une partie d’entre elles. L’investissement domestique des pères se retrouve souvent conditionné à leurs horaires de travail et ils ont tendance à privilégier les activités parentales plaisantes (jeux, lecture, sorties), priorisant un temps « de qualité » avec leur enfant, dans une logique où le temps passé avec lui est contraint par les impératifs professionnels.

Elles sont aussi beaucoup plus souvent à la tête de familles monoparentales

Avec la hausse des séparations, les femmes comme les hommes sont de plus en plus souvent parents de famille monoparentale. Contrairement aux hommes, les femmes reforment moins souvent un couple. En 2021, 1,62 million de femmes et 0,36 million d’hommes résident sans conjoint avec leurs enfants. Cette situation concerne donc majoritairement des femmes (82 % en 2021).

Elle pose des difficultés organisationnelles spécifiques, dont la gestion du temps parental. Les familles monoparentales avec des enfants de moins de 6 ans font par exemple davantage appel à leurs proches pour prendre en charge leurs jeunes enfants, en particulier les mères seules en emploi dont les enfants n’ont aucun contact avec le père (57 %, contre 34 % des couples où la mère est en emploi). Les familles monoparentales vivent plus souvent en situation de pauvreté monétaire. Plusieurs études régionales récentes confirment en outre que les femmes basculent plus souvent dans la pauvreté que les hommes l’année qui suit une séparation conjugale.

9. Les femmes restent les premières victimes de violences conjugales

En 2023, les services de sécurité ont enregistré 271 000 victimes de violences conjugales, dont 85 % sont des femmes. Le nombre d’enregistrements de faits de violences conjugales a plus que doublé depuis 2016, dans un contexte de libération de la parole et d’amélioration des conditions d’accueil des victimes par les services de police et de gendarmerie. Ces déclarations ne recouvrent qu’une partie des actes : seules 14 % des personnes ayant subi des violences conjugales déclarent avoir porté plainte auprès des services de police ou gendarmerie, selon l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité 2022 (16 % pour les femmes).

En 2023, les femmes représentent 81 % des morts violentes au sein du couple (96 féminicides) et 87 % des victimes de harcèlement par (ex-)conjoint ayant conduit au suicide ou à sa tentative (773 femmes sur 890 victimes enregistrées par les services de sécurité).

D’après les enquêtes sur les violences subies tout au long de la vie, comme l’enquête Genese du SSMSI, les femmes sont aussi les premières concernées. Ainsi, en 2021, 27 % des femmes et 19 % des hommes âgés de 18 à 74 ans déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences psychologiques (contrôle, emprise, harcèlement moral, intimidation, menaces) par partenaire. Les violences physiques ou sexuelles sont plus rares mais les écarts entre hommes et femmes encore plus marqués : 16 % des femmes déclarent en avoir été victimes au moins une fois depuis l’âge de 15 ans contre 6 % des hommes. Les femmes sont également davantage exposées aux violences pendant l’enfance : en 2021, 21 % des femmes et 17 % des hommes déclarent avoir subi une violence intrafamiliale avant l’âge de 15 ans (psychologique, physique ou sexuelle).

10. Le regard de la société sur la place des femmes a bien évolué en cinquante ans, mais les stéréotypes ont la vie dure

En 1979, les deux tiers des personnes estimaient que le travail des femmes n’était pas forcément souhaitable. En 2020, la place des femmes sur le marché du travail fait bien plus largement consensus : huit sur dix, femmes ou hommes, estiment que les femmes devraient pouvoir travailler dès lors qu’elles le désirent, ou qu’elles devraient toujours travailler. D’ailleurs une majorité de Français rejette les stéréotypes de genre, selon une évaluation menée entre 2020 et 2022 à partir d’un éventail d’opinions. Toutefois, une personne sur quatre y adhère et une sur cinq se situe dans une position ambivalente.

Certains stéréotypes n’ont plus tellement cours. Ainsi, l’idée que les filles ont autant l’esprit scientifique que les garçons est largement partagée. D’autres sont au contraire encore très présents : une majorité de personnes pensent que les mères savent mieux répondre aux attentes et besoins des enfants que les pères. De façon générale, les représentations stéréotypées liées à une plus grande aptitude des femmes pour les soins apportés aux autres sont celles qui reçoivent le plus d’adhésion.

Les points de vue ne sont en outre pas partagés de manière homogène dans la population. Les hommes sont ainsi surreprésentés parmi les personnes qui adhèrent fortement aux stéréotypes de genre (à au moins 4 stéréotypes sur 5), de même que les immigrés, les personnes âgées de 65 ans ou plus et les moins diplômées. Enfin, la pratique religieuse est un facteur déterminant d’adhésion à ces stéréotypes.

Bref, les stéréotypes et représentations ont encore la vie dure. Est-ce un reflet de ces représentations ? Les femmes lisent plus et les goûts des jeunes en matière de lecture en 2018 restent clivés : davantage de mangas, BD, comics pour les jeunes hommes, ainsi que des livres de sciences, histoire, essais, tandis que les jeunes femmes lisent davantage de littérature, de romans sentimentaux ou de livres de psychologie. Au tournant des années 2020, les femmes vont aussi plus souvent au cinéma ou au théâtre, mais font moins de sport que les hommes. 

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