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Inégalités entre Femmes et Hommes : point (1/2) (18 03 2025)

Nous vous proposons aujourd’hui en deux parties une longue et si intéressante analyse publiée le 6 mars 2025 sur le blog du site de l’INSEE (cliquer ici pour accéder au site de l’INSEE)

https://blog.insee.fr/evolution-inegalites-femmes-hommes-v2025/

Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes : faut-il se réjouir ou se désoler ?

Actualisation par Émilie Raynaud d’un billet de blog initialement paru en mars 2023 et écrit par Christel Colin et Sylvie Le Minez

6 mars 2025

 

Niveau de diplôme, accès à l’emploi et aux postes de cadres, salaires et pensions de retraites, présence dans la vie politique, partage des temps domestique et parental : dans tous ces domaines, les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent lentement sur les décennies passées, ce dont on peut se réjouir. Mais dans ces mêmes domaines, il existe aussi des raisons d’être découragé… et des marges de progrès : à l’exception de la médecine, les filles s’orientent moins vers les filières d’enseignement supérieur scientifiques et sélectives alors qu’elles réussissent mieux à l’école ; les femmes restent minoritaires sur les plus hautes fonctions dans les entreprises, le secteur public comme en politique ; leur salaire pâtit plus que celui des hommes quand elles ont un enfant ; elles sont plus souvent seules et dépendantes en fin de vie. En outre, les femmes restent les premières victimes de violences conjugales. Si le regard de la société sur la place des femmes a bien évolué en cinquante ans, les stéréotypes et les normes de genre ont néanmoins la vie dure et influent encore sur les inégalités femmes-hommes, par exemple en termes de choix d’orientation.


L’édition 2025 de la Journée internationale des droits des femmes est l’occasion de rééditer un panorama de la situation comparée des femmes et des hommes, en s’appuyant sur les nombreux travaux que publient l’Insee et plus largement la statique publique, dont l’ouvrage de référence « 
Femmes et hommes, l’égalité en question » [Insee, 2022]. Dans de nombreux domaines, les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent lentement au fil du temps. Alors, faut-il se réjouir ou se désoler ? Les deux sans doute… Petit tour d’horizon en 10 points et quelques chiffres (bien) choisis

SOMMAIRE

1. Les filles sortent moins souvent de l’école sans diplôme et sont plus nombreuses que les garçons à faire des études supérieures

2. Depuis les années 70, la participation des femmes au marché du travail ne cesse d’augmenter et s’est nettement rapprochée de celle des hommes…

3. Les femmes accèdent de plus en plus aux emplois de cadres…

4. Les inégalités de salaire femmes / hommes se réduisent peu à peu…

5. Les écarts de montants de retraite se réduisent au fil des générations…

6. Les femmes continuent de vivre plus longtemps que les hommes…

7. Les femmes accroissent leur présence dans la vie politique

8. Les hommes s’investissent davantage dans l’éducation des enfants…

  1. Les femmes restent les premières victimes de violences conjugales
  2. Le regard de la société sur la place des femmes a bien évolué en cinquante ans, mais les stéréotypes ont la vie dure

 

1. Les filles sortent moins souvent de l’école sans diplôme et sont plus nombreuses que les garçons à faire des études supérieures

Depuis plusieurs décennies, les filles réussissent mieux à l’école. En 2023, dans une génération, 84 % des filles deviennent bachelières contre 75 % des garçons. Parmi les sortants du système scolaire sur la période 2019-2021, 8 % des filles en moyenne et 12 % des garçons sortent sans diplôme ou avec le seul brevet, tandis que 58 % des filles et 47 % des garçons sortent avec un diplôme de l’enseignement supérieur [Depp, 2024].

Pourtant, les filles sont moins confiantes que les garçons sur la réussite de leur année scolaire, que ce soit en début de collège, de Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ou de lycée.

Les filles s’orientent vers des spécialités différentes : davantage vers les filières littéraires et la médecine, moins vers les autres filières scientifiques et sélectives

D’ailleurs, de façon persistante, les filles s’orientent moins que les garçons vers les filières scientifiques et techniques dans l’enseignement supérieur et moins vers les filières sélectives (à l’exception des études de médecine) : en 2023-2024, elles représentent 38 % des inscrits dans les classes préparatoires aux grandes écoles et prépas intégrées, 29 % des étudiants en formation d’ingénieurs hors université et, à l’université, 32 % des étudiants en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), 67 % en santé, 71 % en arts, langues, lettres, sciences humaines et sociales.

Pourtant, au regard des performances des filles et des garçons dans les différents domaines, ces choix d’orientation et de spécialités ne s’expliquent pas nécessairement bien. En mathématiques, à partir de la mi-CP et jusqu’en seconde, les garçons réussissent en moyenne certes mieux les évaluations nationales que les filles. Toutefois, en culture mathématique, les écarts de score en faveur des garçons sont moins marqués dans le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA 2022), sur des exercices nécessitant de mobiliser ses connaissances dans des situations variées et parfois éloignées des programmes scolaires. Et il n’y a pas de différence significative entre filles et garçons en culture scientifique.

 

Ces choix trouvent peut-être aussi racine dans la moindre confiance des filles dans les matières scientifiques. Ainsi, en début de collège, de CAP ou de lycée, les filles ont un sentiment de réussite aux évaluations de mathématiques bien moindre que les garçons, quel que soit leur niveau de maîtrise effectif.

Les choix d’orientation ont bien sûr des conséquences directes sur les métiers exercés ensuite. Peut-être en ont-ils également sur la pratique et l’entretien de certaines compétences ? En 2022, comme en 2004 et 2011, les femmes adultes ont nettement plus souvent des difficultés en calcul que les hommes : 15 % contre 9 %.

2. Depuis les années soixante-dix, la participation des femmes au marché du travail ne cesse d’augmenter et s’est nettement rapprochée de celle des hommes…

Depuis les années 1970, les femmes sont de plus en plus nombreuses à être présentes sur le marché du travail. En 2023, 71 % des femmes de 15 à 64 ans et 77 % des hommes de ces âges sont actifs au sens du Bureau international du travail (BIT) ; en 1975, l’écart était beaucoup plus important, avec seulement 55 % des femmes en activité contre 84 % des hommes. Depuis une dizaine d’années, le taux de chômage des femmes est légèrement inférieur à celui des hommes. Dès lors, les taux d’emploi des femmes et des hommes se sont nettement rapprochés.

… mais en présence d’enfants, ce sont les femmes qui réduisent ou cessent leur activité

Toutefois, à la naissance d’un premier enfant, et encore plus à partir du 2e enfant, ce sont les femmes qui renoncent à leur activité professionnelle. Entre 25 et 49 ans, le taux d’activité des femmes sans enfant est très proche de celui des hommes sans enfant (89 % environ). Mais celui des mères de deux enfants, dont un de moins de 3 ans, est de 79 % contre 96 % pour les pères ; celui des mères de trois enfants ou plus, dont un de moins de 3 ans, est de 54 % contre 92 % pour les pères.

Lorsque les mères poursuivent leur activité professionnelle, elles sont nettement plus souvent à temps partiel que les pères. Parmi les femmes en emploi salarié (hors apprenties), 29 % des femmes ayant 2 enfants à charge et 35 % de celles en ayant 3 ou plus sont à temps partiel, contre 5 % et 7 % des pères.

Ainsi, la conciliation vie professionnelle-vie familiale repose essentiellement sur les épaules des femmes, y compris pour les jeunes générations : l’organisation au sein des couples ayant de jeunes enfants témoigne ainsi toujours d’un investissement différencié des deux parents sur le marché de l’emploi, malgré les progrès.

 

En 2002, sur une échelle allant de l’inactivité à l’emploi à temps complet, les parents des couples avec jeunes enfants (moins de 6 ans) avaient une situation d’emploi similaire dans un tiers des cas environ ; c’est plus fréquent en 2021 (la moitié des cas). Ce rapprochement des situations provient principalement d’un plus fort investissement des mères dans la sphère professionnelle, notamment les mères de catégorie cadres et professions intellectuelles.
En particulier, en 2021, dans 46 % des couples avec jeunes enfants, le père et la mère sont tous deux en emploi à temps complet, contre 33 % en 2002. Toutefois dans 42 % de ces couples avec jeunes enfants, les mères restent plus éloignées de l’emploi que les pères : le plus souvent en étant inactives, en congé long, au chômage ou à temps partiel, quand les pères sont à temps complet. Et au sein de ces couples , les mères sont beaucoup plus souvent que les pères à temps partiel, ou sans emploi après l’avoir été, pour des raisons liées aux enfants (six fois plus).

 

3. Les femmes accèdent de plus en plus aux emplois de cadres…

Avec l’élévation de leur niveau d’études, les femmes accèdent davantage à des emplois de cadres et professions intellectuelles supérieures : si les hommes restent majoritaires, la présence des femmes passe de 22 % en 1982 à 43 % en 2023. Au sein des cadres, les hommes sont les plus présents parmi les cadres techniques d’entreprise (77 % 2023) tandis que la part de femmes est la plus élevée parmi les professeurs, les professions scientifiques (57 %) et les cadres administratifs et commerciaux (52 %). Femmes et hommes sont présents à parité dans les cadres de la fonction publique.

… mais les métiers restent très sexués…

De façon tout aussi persistante que les différences en matière d’orientation scolaire, femmes et hommes n’exercent pas les mêmes métiers ni ne travaillent dans les mêmes secteurs d’activité. Les femmes sont très majoritaires au sein des métiers de service (aides à domicile, assistants maternels, agents d’entretien) et du soin (aides-soignants, infirmiers et sages-femmes), et très minoritaires parmi les conducteurs de véhicule, les techniciens et agents de maîtrise de la maintenance, ou les ouvriers de la manutention ou du bâtiment. Elles le sont aussi par exemple au sein des professions du numérique (moins d’un quart de femmes), domaine où les jeunes diplômés sont pourtant sur-représentés.

… et les femmes accèdent moins souvent aux postes les plus élevés

Accéder à des emplois de cadres ne signifie pas accéder aux plus hautes fonctions. Seuls 29 % des cadres dirigeants du secteur privé – salariés occupant des hautes fonctions d’encadrement dans les entreprises de plus de 250 salariés – sont des femmes en 2022, alors qu’elles constituent près de la moitié des salariés du privé. Elles ne représentent que 24 % des 1 % des salariés du privé les mieux rémunérés, contre 42 % de l’ensemble des salariés en équivalent temps plein en 2023. Dans les trois fonctions publiques, les femmes représentent 67 % de l’ensemble des agents de catégorie A en 2022, mais seulement 44 % des agents de la catégorie A+, qui regroupe les emplois d’encadrement supérieur et de direction. Elles ne représentent en outre que 39 % des 1 % des agents les mieux rémunérés, contre 65 % de l’ensemble des emplois dans la fonction publique.

4. Les inégalités de salaire entre femmes et hommes se réduisent peu à peu…

Conséquence de l’accès croissant des femmes à des emplois qualifiés, les écarts de salaire moyen entre femmes et hommes se réduisent peu à peu. En 1995, le revenu salarial des femmes qui travaillent à titre principal dans le secteur privé était inférieur de 34 % à celui des hommes ; en 2023 cet écart s’est réduit à 22 %. Ce dernier tient d’abord aux différences de durée du travail : les femmes sont trois fois plus souvent à temps partiel que les hommes et ont des périodes d’emploi plus courtes une année donnée. Si on neutralise les différences de durée du travail, l’écart de salaire moyen entre femmes et hommes dans le secteur privé est passé de 22 % en 1995 à 14 % en 2023.

… mais subsistent, une grande part venant des différences de secteurs d’activité, de postes occupés, de durée du travail…

22 % d’écart, ou 14 % à temps de travail identique, c’est encore beaucoup. Pour s’y retrouver, décomposer ces écarts est essentiel. Comme ce blog le soulignait déjà dans un billet il y a cinq ans, « beaucoup de chiffres sont fournis sur les inégalités salariales entre les femmes et les hommes en France – l’Insee en étant un grand contributeur ! Tous ne recouvrent pas la même réalité et chacun éclaire un des aspects particuliers de la question ». Cet écart de 14 % à temps de travail identique découle surtout des différences de secteurs d’activité, de métiers et de positions hiérarchiques. Ainsi, à poste comparable, c’est-à-dire la même profession chez le même employeur, l’écart est de 4 % en 2023, écart qui peut encore traduire des différences d’ancienneté, de diplôme, etc. C’est donc bien dans l’accès des femmes aux mêmes emplois que les hommes que les choses se jouent.

… et le salaire des mères baisse après une naissance, pas celui des pères

On l’a vu, à l’arrivée des enfants, ce sont les mères qui interrompent leur activité professionnelle ou réduisent leur temps de travail, pas les pères. Ces variations de leur offre de travail ont un effet direct sur leur revenu salarial. Mais la naissance des enfants influe aussi sur les salaires horaires ; celui des femmes baisse après chaque naissance, contrairement à celui des pères. Cet « écart de salaire entre les mères et les pères s’accroît dans les années qui suivent la naissance des enfants. À l’écart immédiat s’ajoutent au fil de la carrière des divergences de choix d’employeurs et/ou d’opportunités professionnelles (mobilités, promotions, etc.) ». En résumé, comme le souligne le titre d’une étude de 2019, le mouvement à l’œuvre en matière d’égalité professionnelle est celui d’« une lente convergence freinée par les maternités ».

5. Les écarts de montants de retraite se réduisent au fil des générations…

Avec la hausse de leur participation au marché du travail et de leur niveau de qualification, les écarts de montants de retraite entre femmes et hommes ne cessent de se réduire au fil des générations : en 2004, les femmes retraitées résidant en France avaient une pension moyenne de droit direct (y compris majorations pour enfants) inférieure de 50 % à celle des hommes retraités ; en 2022, cet écart est de 38 % [Drees, 2024]. Il est réduit en intégrant les pensions de réversion versées aux veufs et aux veuves : la pension totale des femmes est inférieure de 26 % à celle des hommes en 2022.

… mais restent élevés

Les inégalités de montants de retraite entre femmes et hommes restent toutefois élevées, et sont pour l’essentiel un héritage du passé ; les générations les plus âgées aujourd’hui à la retraite ont eu des parcours professionnels très différents de ceux des générations actuellement sur le marché du travail. Les femmes avaient des carrières bien plus courtes et bien moins rémunérées que celles aujourd’hui en activité. Ces écarts sont ainsi appelés à continuer de se réduire dans le futur, sans disparaître totalement.

... / ...  à suivre demain mercredi 19 mars 2025

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